Edgard TUPET THOME
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19 avril 2020, Edgard TUPËT THOME fête aujourd’hui ses 100 ans. C’est l’occasion pour moi de rappeler son parcours.

 

Septembre 1939, Edgard Tupët est affecté au 8e Zouaves et rejoint le front de Lorraine. En mai 1940, l’unité rejoint la Belgique en pleine offensive allemande. Finalement, les troupes se replient progressivement et atteignent le secteur de Dunkerque pour prendre position à Bray-Dunes sans vraiment avoir combattu. Le sous-lieutenant Tupët est fait prisonnier dans la région de Rexpoede mais parvient à s’évader et à rejoindre Charleville.

Après une tentative pour rejoindre la Grande-Bretagne depuis Marseille, Edgard s’installe à Clermont-Ferrand et entre en contact avec le lieutenant Roger Warin alias Wybot qui recrute des hommes pour former une armée clandestine. L’organisation entre en relation avec le capitaine Fourcaud qui est envoyé par les SR pour constituer des réseaux de renseignements. Au mois d’avril 1941, Wybot monte alors le réseau Ronald et sous le pseudonyme de Thomé, Edgard fait dès lors partie des Forces Françaises Libres en tant qu’agent de renseignements et de liaison.

Au mois d’août 1941, Edgard Thomé reçoit l’ordre de rentrer en Grande-Bretagne et le 9 août, il quitte Toulouse en compagnie de Jean Forman et Joël Te Tac qui viennent d’effectuer la mission Joséphine B dans la région de Bordeaux. Par le train, ils rejoignent L’Hospitalet, passent en Andorre à travers la montagne puis rejoignent le consulat britannique à Barcelone. De là, Edgard rejoint le Portugal puis Gibraltar et débarque à Liverpool le 17 septembre. Edgard Tupët confirme alors son engagement aux FFL sous le matricule 54151. Affecté au BCRA, Edgard suit un entraînement poussé où après une mise en condition physique, il participe à un stage « Sabotage » avant de rejoindre Ringway pour obtenir son brevet de parachutiste en octobre.

 

Dans la nuit du 9 décembre 1941, Edgard Thomé et son radio, Joseph Piet, sont parachutés près de Châteauroux. Pendant plusieurs mois passés entre Châteauroux, Toulouse, Aurillac, Montluçon et Marseille, Thomé se charge des opérations aériennes et remplit parfaitement sa mission. Plusieurs terrains d’atterrissage sont homologués et il assure le départ ou la réception de nombreux agents et patriotes. Le 29 mai 1942, Thomé rentre en Angleterre.


Après quelques mois de convalescence, en septembre 1942, le lieutenant Thomé est affecté à Saint-Pierre et Miquelon afin de monter une unité commando puis il rejoint le Bataillon des Antilles à Fort-Dix aux Etats-Unis. Enfin, au mois d’août 1943, il est de retour à Londres et après un passage à L’Etat-major de l’Air, il obtient son affectation au 1er Bataillon de parachutistes en formation à Camberley. Affecté à la 2e Compagnie du capitaine Leblond, Edgard et ses hommes rejoignent la région de Chesterfield et participent à partir du 1er septembre à un stage d’Infanterie de l’Air à Hardwick Hall. Ils enchaînent ensuite à partir du 15 septembre avec le passage à la Parachute Training School de Ringway. De retour à Camberley, Edgard se lie d’amitié notamment avec Michel de Camaret, Alain Skinner et Roger de La Grandière. Ensemble, ils partent en novembre en stage SAS à Ceres en Ecosse. A son retour, le lieutenant Thomé rejoint directement le bataillon à Cupar et poursuit l’entraînement de ses hommes.

En février 1944, Edgard demande sa mutation au 3rd SAS et il est alors affecté comme chef de troop au 2e squadron du capitaine Sicaud. Dans le cadre de la mission Derry III, Edgard et son stick sont parachutés dans la nuit du 4 au 5 août à Runaher en Saint-Urbain dans le Finistère. Rapidement, les 12 hommes prennent contact avec la résistance locale et passent à l’attaque. Dans l’après-midi du 5 août, le groupe attaque le PC de la kommandantur de Daoulas. Le SAS Jean Briguet est tué au cours de l’action. Les jours suivants, le Lt Thomé et son adjoint Lucien Klein montent de nombreuses embuscades, harcèlent l’ennemi et créent un climat d’insécurité. Le 11 août, les SAS entrent dans Landerneau.

De retour en Grande-Bretagne, les hommes de la Compagnie Sicaud ont peu de temps pour se détendre. Dès la nuit du 26 août, le stick Puidupin est parachuté dans le Lomont. Le lendemain soir, ce sont les sticks Pesqué, Thomé, Gourkow et Anspach. Dans le cadre de la mission Abel, les SAS doivent renforcer le maquis, harceler l’ennemi et ralentir sa progression vers la trouée de Belfort. Malheureusement, les SAS vont surtout être employés comme unité de reconnaissance et engager dans des combats à Clerval, Geney, Pont de Roide, Accolans pour lesquels ils ne sont pas équipés. Le capitaine Sicaud perd ainsi de nombreux hommes dont le S/Lt Rosset-Cournand, Francis Salort, Denis Garros, Bernard Maguet, Philibert Yung, Robert Bischoff, Albert Mattei, Robert Siruguet, Paul Durand, Jean-Marie Ravalec et de nombreux blessés.

 

Placés au repos en Champagne en octobre, l’unité refait ses forces et incorpore de nombreux maquisards pour compléter les effectifs. Les anciens se chargent alors de l’entraînement et des détachements sont envoyés en Grande-Bretagne afin d’être brevetés. En décembre, suite à l’attaque allemande dans les Ardennes, l’unité est placée en état d’alerte et chargée d’assurer la garde et la sécurité de certains points stratégiques. En février 1945, Edgard Thomé et ses hommes rentrent en Grande-Bretagne et s’installent à Rendelsham Hall près d’Ipswich. Au cours d’une cérémonie en présence du Brigadier Gale, plusieurs officiers et sous-officiers du 3rd SAS se voient décorés pour leurs faits d’armes en France. Pour sa part, le lieutenant Edgard Tupët Thomé se voit remettre la Military Cross. Il est également fait Chevalier de la Légion d’Honneur.

 

Dans la nuit du 7 au 8 avril 1945, Edgard Thomé et ses hommes doivent être parachutés dans le cadre de la mission Amherst à l’est de Hoogersmilde sur la DZ 15 en même temps que les sticks Hubler et Vidoni. Finalement, le stick tombe dans les bois de Berkenheuvel à proximité de Diever et sont donc assez éloignés de leur objectif qui était de s’emparer du pont d’Appelscha. Rapidement, le contact est établi avec la résistance néerlandaise qui fournit de précieux renseignements. Le Lt Thomé et son adjoint le S/Lt Gilles Anspach montent alors rapidement des opérations afin de ralentir la circulation ennemie dans le secteur et notamment le trafic fluvial sur le canal de Drenthe entre Assen et Meppel. Ainsi, une péniche transportant du matériel et des munitions est attaquée ainsi qu’un remorqueur. Le trafic est bloqué. Les SAS montent également de nombreuses embuscades et parviennent à échapper à une tentative de contre-attaque allemande.

 

Pour ses faits d’armes, le lieutenant Tupët Thomé est fait Compagnon de la Libération en novembre 1945. Il est également titulaire notamment de la Bronzen Kruis, de la King’s Medal for Courage (KMC) et de la Croix de Guerre.

Démobilisé en septembre 1945, Edgard est admis à l’Ecole d’Administration Coloniale et nommé en Tunisie en janvier 1946. Il devient ensuite directeur de la coopérative agricole de Takelsa. Promu au grade de capitaine de réserve en 1949, il est affecté à l’Etat-Major des troupes du Maroc. En 1950, il s’installe au Canada et gère une propriété agricole. En 1955, il rentre en France et travail au bureau d’études de Singer puis dans un laboratoire pharmaceutique. Il effectue également des périodes d’instruction au sein de la 11e DBPC et est promu chef de bataillon. De 1961 à 1965, il est ingénieur chez Panhard puis responsable d’agences d’une société de tourisme.

En Septembre 1994, Edgard m’invitait chez lui à Binic pour participer à un méchoui avec les anciens de sa compagnie. J’y faisais également la connaissance de Pierre Chetcuti, René Giguelay, René Mendiondo, Paul Ravassard, André Pasquier, Maurice Layral, Lucien Le Mansec mais également Pierre Château-Jobert, Louis Le Goff et Georges Le Meur. Je débutais à partir de cette journée mes recherches sur l’Histoire des SAS. Il y a 25 ans. Edgard me faisait en 2004 l’honneur de la préface de mon livre.


Par décret du 31 décembre 2019, Edgard Tupët a été élevé au rang de Grand Croix de la Légion d’Honneur et il fait partie des quatre derniers Compagnons de la Libération.

David PORTIER